S?bado, 19 de junio de 2010


Palabras para Julia


Tú no puedes volver atrás 
porque la vida ya te empuja 
como un aullido interminable.

Hija mía, es mejor vivir 
con la alegría de los hombres, 
que llorar ante el muro ciego.

Te sentirás acorralada, 
te sentirás perdida o sola, 
tal vez querrás no haber nacido.

Yo sé muy bien que te dirán 
que la vida no tiene objeto, 
que es un asunto desgraciado.

Entonces siempre acuérdate 
de lo que un día yo escribí 
pensando en ti como ahora pienso.

Un hombre sólo, una mujer 
así, tomados de uno en uno, 
son como polvo, no son nada.

Pero yo cuando te hablo a ti, 
cuando te escribo estas palabras, 
pienso también en otros hombres.

Tu destino está en los demás, 
tu futuro es tu propia vida, 
tu dignidad es la de todos.

Otros esperan que resistas, 
que les ayude tu alegría, 
tu canción entre sus canciones.

Entonces siempre acuérdate 
de lo que un día yo escribí 
pensando en ti como ahora pienso.

Nunca te entregues ni te apartes 
junto al camino, nunca digas 
no puedo más y aquí me quedo.

La vida es bella, tú verás 
como a pesar de los pesares, 
tendrás amor, tendrás amigos.

Por lo demás no hay elección 
y este mundo tal como es 
será todo tu patrimonio.

Perdóname, no sé decirte 
nada más, pero tú comprende
que yo aún estoy en el camino.

Y siempre, siempre, acuérdate 
de lo que un día yo escribí 
pensando en ti como ahora pienso.

 

Tu ne peux pas revenir en arrière

car la vie te pousse

comme un hurlement interminable


Ma fille, il vaut mieux vivre

avec la joie des hommes

que pleurer contre une muraille aveugle

Tu te sentiras traquée

tu te sentiras perdue et esseulée

à tel point que tu regretteras d'être née


Je sais bien qu'on te dira

que la vie ne sert à rien

que c'est un sujet sans grâce

 

Alors rappelle-toi toujours

de ce que j'ai écrit un jour

en pensant à toi comme j'y pense maintenant

 

Un homme seul, une femme

s'ils sont considérés individuellement

sont comme de la poussière, ils ne sont rien

 

Mais quand je te parle

quand je t'écris ces mots

je pense aussi aux autres hommes

 

Ton destin, ce sont les autres

ton avenir, c'est ta propre vie

ta dignité, c'est celle de tous

 

D'autres attendent que tu résistes

que ta joie les aide

que ta chanson se mêle aux leurs

 

Alors rappelle-toi toujours

de ce que j'ai écrit un jour

en pensant à toi comme j'y pense maintenant

 

Ne te rends jamais, ni ne t'écarte

Sur ton chemin, ne dis jamais

je n'en puis plus et je m'arrête ici.

 

La vie est belle, tu verras

En dépit des soucis

tu auras de l’amour, tu auras des amis

 

En outre, il n'y a pas de choix

et ce monde tel qu'il est

constituera ton patrimoine

 

Pardonnes-moi, je ne sais rien te dire

de plus mais que tu comprennes

que je suis avec toi sur ta route

 

Et toujours rappelle-toi

de ce qu'un jour j'ai écrit

en pensant à toi comme j'y pense maintenant

 


Tags: José Agustin Goytisolo, Palabras para Julia

Publicado por carmenlobo @ 9:36  | Literatura
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