Martes, 04 de diciembre de 2007
CAP?TULO VIII

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Aprend? bien pronto a conocer mejor a esa flor. Siempre hab?a habido en el planeta del principito flores muy simples, adornadas con una sola fila de p?talos, que ocupaban poco lugar y que no molestaban a nadie. Aparec?an una ma?ana en el pasto, y luego se extingu?an a la noche. Pero ?sta hab?a brotado un d?a de una semilla tra?da de no se sabe d?nde, y el principito hab?a vigilado muy de cerca esa ramita que no se parec?a a las otras ramitas. Podr?a tratarse de un nuevo tipo de baobab. Pero el arbusto dej? pronto de crecer y comenz? a preparar una flor. El principito, que asist?a a la instalaci?n de un capullo enorme, sent?a que de all? surgir?a una aparici?n milagrosa, pero la flor no terminaba de prepararse para estar bella, al abrigo de su habitaci?n verde. Eleg?a con cuidado sus colores. Se vest?a lentamente, ajustaba sus p?talos uno por uno. No quer?a salir toda arrugada como las amapolas. No quer?a aparecer sino en pleno resplandor de su belleza. Y s? !. Era muy coqueta ! Su aseo misterioso hab?a entonces durado d?as y d?as. Y he aqu? que una ma?ana, justo a la hora de la salida del sol, se hab?a mostrado.

Y ella, que hab?a trabajado con tanta precisi?n, dijo bostezando:

- Ah! acabo de despertarme... Le pido perd?n... Estoy todav?a toda despeinada...

El principito, entonces, no pudo contener su admiraci?n:

- Qu? bella es usted !

- Verdad que s? -respondi? dulcemente la flor-. Y nac? al mismo tiempo que el sol...

El principito comprendi? que no era muy modesta, pero era tan conmovedora !

- Es la hora, creo, del desayuno -hab?a agregado poco despu?s-, tendr?a la bondad de pensar en m?...

Y el principito, todo turbado, buscando una regadera con agua fresca hab?a atendido a la flor.

As?, ella lo hab?a atormentado en seguida con su vanidad un poco tempestuosa. Un d?a, por ejemplo, hablando de sus cuatro espinas, le dijo al principito:

- Ya pueden venir, los tigres, con sus garras !

- No hay tigres en mi planeta -hab?a objetado el principito-, y adem?s los tigres no comen hierba.

- Yo no soy una hierba-, hab?a respondido suavemente la flor.

- Disc?lpeme...

- No temo en absoluto a los tigres, pero tengo horror a las corrientes de aire. No tendr?a usted una pantalla ?

"Horror a las corrientes de aire... no es muy afortunado, para una planta, hab?a observado el principito. Esta flor es bien complicada..."

- A la noche me pondr? bajo un globo. Hace mucho fr?o en este lugar. Est? mal acondicionado. All?, de donde vengo...

Pero se interrumpi?. Ella hab?a venido en forma de semilla. No hab?a podido conocer nada de otros mundos. Humillada por haberse dejado sorprender preparando una mentira tan ingenua, hab?a tosido dos o tres veces para hacer sentir en falta al principito:

- Y esa pantalla ?...

- Iba a buscarla pero usted me hablaba !

Entonces ella hab?a forzado su tos para infligirle de todos modos remordimientos.

As? el principito, a pesar de la buena voluntad de su amor, pronto dud? de ella. Hab?a tomado en serio palabras sin importancia, y se volvi? muy desdichado.

"Deber?a no haberla escuchado -me confi? un d?a-, no hay que escuchar nunca a las flores. Hay que mirarlas y olerlas. La m?a perfumaba mi planeta, pero yo no sab?a alegrarme con ella. Esa historia de garras, que me hab?a irritado tanto, deber?a haberme enternecido..."

Me confi? todav?a:
"No supe entonces entender nada ! Deber?a haberla juzgado por los actos y no por las palabras. Me perfumaba y me iluminaba. Nunca deber?a haberme escapado ! Deber?a haber adivinado su ternura detr?s de sus pobres artima?as. Las flores son tan contradictorias ! Pero yo era demasiado joven para saber amarla."


CHAPITRE VIII
J'appris bien vite ? mieux conna?tre cette fleur. Il y avait toujours eu, sur la plan?te du petit prince, des fleurs tr?s simples, orn?es d'un seul rang de p?tales, et qui ne tenaient point de place, et qui ne d?rangeaient personne. Elles apparaissaient un matin dans l'herbe, et puis elles s'?teignaient le soir. Mais celle-l? avait germ? un jour, d'une graine apport?e d'on ne sait o?, et le petit prince avait surveill? de tr?s pr?s cette brindille qui ne ressemblait pas aux autres brindilles. ?a pouvait ?tre un nouveau genre de baobab. Mais l'arbuste cessa vite de cro?tre, et commen?a de pr?parer une fleur. Le petit prince, qui assistait ? l'installation d'un bouton ?norme, sentait bien qu'il en sortirait une apparition miraculeuse, mais la fleur n'en finissait pas de se pr?parer ? ?tre belle, ? l'abri de sa chambre verte. Elle choisissait avec soin ses couleurs. Elle s'habillait lentement, elle ajustait un ? un ses p?tales. Elle ne voulait pas sortir toute frip?e comme les coquelicots. Elle ne voulait appara?tre que dans le plein rayonnement de sa beaut?. Eh! oui. Elle ?tait tr?s coquette ! Sa toilette myst?rieuse avait donc dur? des jours et des jours. Et puis voici qu'un matin, justement ? l'heure du lever du soleil, elle s'?tait montr?e.

Et elle, qui avait travaill? avec tant de pr?cision, dit en b?illant:

- Ah! Je me r?veille ? peine... Je vous demande pardon... Je suis encore toute d?coiff?e...

Le petit prince, alors, ne put contenir son admiration:

- Que vous ?tes belle !

- N'est-ce pas, r?pondit doucement la fleur. Et je suis n?e en m?me temps que le soleil...

Le petit prince devina bien qu'elle n'?tait pas trop modeste, mais elle ?tait si ?mouvante !

- C'est l'heure, je crois, du petit d?jeuner, avait-elle bient?t ajout?, auriez-vous la bont? de penser ? moi...

Et le petit prince, tout confus, ayant ?t? chercher un arrosoir d'eau fra?che, avait servi la fleur.

Ainsi l'avait-elle bien vite tourment? par sa vanit? un peu ombrageuse. Un jour, par exemple, parlant de ses quatre ?pines, elle avait dit au petit prince:

- Ils peuvent venir, les tigres, avec leurs griffes !

- Il n'y a pas de tigres sur ma plan?te, avait object? le petit prince, et puis les tigres ne mangent pas l'herbe.

- Je ne suis pas une herbe, avait doucement r?pondu la fleur.

- Pardonnez-moi...

- Je ne crains rien des tigres, mais j'ai horreur des courants d'air. Vous n'auriez pas un paravent ?

"Horreur des courants d'air... ce n'est pas de chance, pour une plante, avait remarqu? le petit prince. Cette fleur est bien compliqu?e..."

- Le soir vous me mettrez sous globe. Il fait tr?s froid chez vous. C'est mal install?. L? d'o? je viens...

Mais elle s'?tait interrompue. Elle ?tait venue sous forme de graine. Elle n'avait rien pu conna?tre des autres mondes. Humili?e de s'?tre laiss? surprendre ? pr?parer un mensonge aussi na?f, elle avait touss? deux ou trois fois, pour mettre le petit prince dans son tort:

- Ce paravent ?...

- J'allais le chercher mais vous me parliez !

Alors elle avait forc? sa toux pour lui infliger quand m?me des remords.

Ainsi le petit prince, malgr? la bonne volont? de son amour, avait vite dout? d'elle. Il avait pris au s?rieux des mots sans importance, et ?tait devenu tr?s malheureux.

"J'aurais d? ne pas l'?couter, me confia-t-il un jour, il ne faut jamais ?couter les fleurs. Il faut les regarder et les respirer. La mienne embaumait ma plan?te, mais je ne savais pas m'en r?jouir. Cette histoire de griffes, qui m'avait tellement agac?, e?t d? m'attendrir..."

Il me confia encore:
"Je n'ai alors rien su comprendre ! J'aurais d? la juger sur les actes et non sur les mots. Elle m'embaumait et m'?clairait. Je n'aurais jamais d? m'enfuir ! J'aurais d? deviner sa tendresse derri?re ses pauvres ruses. Les fleurs sont si contradictoires ! Mais j'?tais trop jeune pour savoir l'aimer."





Tags: Principito; Saint-Exupery

Publicado por carmenlobo @ 10:18  | Literatura
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