Lunes, 03 de diciembre de 2007
CAP?TULO VII

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El quinto d?a, siempre gracias al cordero, me fue revelado este secreto de la vida del principito. Me pregunt? bruscamente, sin pre?mbulo, como resultado de un problema meditado largo tiempo en silencio:

- Un cordero, si come arbustos, come tambi?n flores ?

- Un cordero come todo lo que encuentra.

- Hasta las flores que tienen espinas ?

- S?. Hasta las flores que tienen espinas.

- Entonces las espinas, para qu? sirven ?

Yo no lo sab?a. Estaba ensimismado intentando desenroscar un bul?n demasiado ajustado de mi motor. Estaba muy preocupado porque mi aver?a empezaba a parecerme muy grave, y el agua potable que se agotaba me hac?a temer lo peor.

- Las espinas, para qu? sirven ?

El principito no renunciaba nunca a una pregunta, una vez que la hab?a formulado. Yo estaba irritado por mi bul?n y respond? cualquier cosa:

- Las espinas no sirven para nada, es pura maldad de las flores !

- Oh!

Pero despu?s de un silencio me larg?, con un cierto rencor:

- No te creo ! Las flores son d?biles. Son ingenuas. Se previenen como pueden. Se creen terribles con sus espinas. ..

No respond? nada. En ese momento me dec?a: "Si este bul?n sigue resistiendo, lo har? saltar de un martillazo." El principito perturb? de nuevo mis reflexiones:

- Y t? crees que las flores...

- Pero no ! Pero no ! No creo nada ! Respond? cualquier cosa. Yo me ocupo de cosas serias !

Me mir? estupefacto.

- De cosas serias !

Me ve?a, con el martillo en la mano y los dedos negros de grasa, inclinado sobre un objeto que le parec?a muy feo.

- Hablas como los adultos !

Eso me dio un poco de verg?enza. Pero, implacable, agreg?:

- Confundes todo... mezclas todo !

Estaba realmente muy irritado. Agitaba al viento la cabellera dorada:

- Conozco un planeta donde hay un Se?or rubicundo. Nunca oli? una flor. Nunca mir? una estrella. Nunca am? a nadie. Nunca hizo nada m?s que cuentas. Y todo el d?a repite como t?: "Soy un hombre serio ! Soy un hombre serio !" y eso lo infla de orgullo. Pero no es un hombre, es un hongo !

- Un qu? ?

- Un hongo !

El principito se hab?a puesto todo p?lido de rabia.

- Hace millones de a?os que las flores producen espinas. Hace millones de a?os que los corderos a pesar de todo se comen las flores. Y no es importante intentar entender por qu? ellas se esfuerzan tanto en hacerse espinas que no sirven nunca para nada ? No es importante la guerra de los corderos y las flores ? No es m?s serio y m?s importante que las cuentas de un voluminoso Se?or colorado ? Y si yo conozco una flor ?nica en el mundo que no existe en ninguna parte salvo en mi planeta, a la que un corderito puede aniquilar de un golpe, as? no m?s, una ma?ana, sin darse cuenta de lo que hace, eso no es importante !

Enrojeci?, luego prosigui?:

Si alguien ama a una flor de la que no existe m?s que un ejemplar en los millones y millones de estrellas, eso basta para que se sienta feliz cuando las mira. Se dice: "Mi flor est? all? en alg?n lado..." Pero si el cordero se come la flor, es para ?l como si, de golpe, todas las estrellas se apagaran ! Y eso no es importante !

No pudo decir nada m?s. Estall? bruscamente en sollozos. Hab?a ca?do la noche. Yo hab?a soltado mis herramientas. Bien me burlaba de mi martillo, de mi bul?n, de la sed y de la muerte. Hab?a en una estrella, un planeta, el m?o, la Tierra, un principito para consolar ! Lo tom? entre mis brazos y lo mec?. Le dec?a: "La flor que amas no est? en peligro... Dibujar? un bozal para tu cordero... Te dibujar? una coraza para tu flor... Te..." No sab?a bien qu? decir. Me sent?a muy torpe. No sab?a c?mo alcanzarlo, d?nde encontrarlo... Es tan misterioso el pa?s de las l?grimas.


CHAPITRE VII
Le cinqui?me jour, toujours gr?ce au mouton, ce secret de la vie du petit prince me fut r?v?l?. Il me demanda avec brusquerie, sans pr?ambule, comme le fruit d'un probl?me longtemps m?dit? en silence:

- Un mouton, s'il mange les arbustes, il mange aussi les fleurs ?

- Un mouton mange tout ce qu'il rencontre.

- M?me les fleurs qui ont des ?pines ?

- Oui. M?me les fleurs qui ont des ?pines.

- Alors les ?pines, ? quoi servent-elles ?

Je ne le savais pas. J'?tais alors tr?s occup? ? essayer de d?visser un boulon trop serr? de mon moteur. J'?tais tr?s soucieux car ma panne commen?ait de m'appara?tre comme tr?s grave, et l'eau ? boire qui s'?puisait me faisait craindre le pire.

- Les ?pines, ? quoi servent-elles ?

Le petit prince ne renon?ait jamais ? une question, une fois qu'il l'avait pos?e. J'?tais irrit? par mon boulon et je r?pondis n'importe quoi:

- Les ?pines, ?a ne sert ? rien, c'est de la pure m?chancet? de la part des fleurs !

- Oh!

Mais apr?s un silence il me lan?a, avec une sorte de rancune:

- Je ne te crois pas ! Les fleurs sont faibles. Elles sont na?ves. Elles se rassurent comme elles peuvent. Elles se croient terribles avec leurs ?pines...

Je ne r?pondis rien. A cet instant-l? je me disais: "Si ce boulon r?siste encore, je le ferai sauter d'un coup de marteau." Le petit prince d?rangea de nouveau mes r?flexions:

- Et tu crois, toi, que les fleurs...

- Mais non ! Mais non ! Je ne crois rien ! J'ai r?pondu n'importe quoi. Je m'occupe, moi, de choses s?rieuses !

Il me regarda stup?fiait.

- De choses s?rieuses !

Il me voyait, mon marteau ? la main, et les doigts noirs de cambouis, pench? sur un objet qui lui semblait tr?s laid.

- Tu parles comme les grandes personnes !

?a me fit un peu honte. Mais, impitoyable, il ajouta:

- Tu confonds tout... tu m?langes tout !

Il ?tait vraiment tr?s irrit?. Il secouait au vent des cheveux tout dor?s:

- Je connais une plan?te o? il y a un Monsieur cramoisi. Il n'a jamais respir? une fleur. Il n'a jamais regard? une ?toile. Il n'a jamais aim? personne. Il n'a jamais rien fait d'autre que des additions. Et toute la journ?e il r?p?te comme toi: "Je suis un homme s?rieux ! Je suis un homme s?rieux !" et ?a le fait gonfler d'orgueil. Mais ce n'est pas un homme, c'est un champignon !

- Un quoi ?

- Un champignon !

Le petit prince ?tait maintenant tout p?le de col?re.

- Il y a des millions d'ann?es que les fleurs fabriquent des ?pines. Il y a des millions d'ann?es que les moutons mangent quand m?me les fleurs. Et ce n'est pas s?rieux de chercher ? comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des ?pines qui ne servent jamais ? rien ? Ce n'est pas important la guerre des moutons et des fleurs ? Ce n'est pas plus s?rieux et plus important que les additions d'un gros Monsieur rouge ? Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui n'existe nulle part, sauf dans ma plan?te, et qu'un petit mouton peut an?antir d'un seul coup, comme ?a, un matin, sans se rendre compte de ce qu'il fait, ce n'est pas important ?a !

Il rougit, puis reprit:

- Si quelqu'un aime une fleur qui n'existe qu'? un exemplaire dans les millions et les millions d'?toiles, ?a suffit pour qu'il soit heureux quand il les regarde. Il se dit: "Ma fleur est l? quelque part..." Mais si le mouton mange la fleur, c'est pour lui comme si, brusquement, toutes les ?toiles s'?teignaient ! Et ce n'est pas important ?a !

Il ne put rien dire de plus. Il ?clata brusquement en sanglots. La nuit ?tait tomb?e. J'avais l?ch? mes outils. Je me moquais bien de mon marteau, de mon boulon, de la soif et de la mort. Il y avait, sur une ?toile, une plan?te, la mienne, la Terre, un petit prince ? consoler ! Je le pris dans les bras. Je le ber?ai. Je lui disais: "La fleur que tu aimes n'est pas en danger... Je lui dessinerai une museli?re, ? ton mouton... Je te dessinerai une armure pour ta fleur... Je..." Je ne savais pas trop quoi dire. Je me sentais tr?s maladroit. Je ne savais comment l'atteindre, o? le rejoindre... C'est tellement myst?rieux, le pays des larmes.



Tags: Principito; Saint-Exupery

Publicado por carmenlobo @ 10:05  | Literatura
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