Martes, 31 de octubre de 2006

ESTOY VIVA COMO FRUTA MADURA...
Gioconda Belli



Estoy viva
como fruta madura
dueña ya de inviernos y veranos,
abuela de los pájaros,
tejedora del viento navegante.

No se ha educado aún mi corazón
y, niña, tiemblo en los atardeceres,
me deslumbran el verde, las marimbas
y el ruido de la lluvia
hermanándose con mi húmedo vientre,
cuando todo es más suave y luminoso.

Crezco y no aprendo a crecer,
no me desilusiono,
ni me vuelvo mujer envuelta en velos,
descreída de todo, lamentando su suerte.
No. Con cada día, se me nacen los ojos del asombro,
de la tierra parida,
el canto de los pueblos,
los brazos del obrero construyendo,
la mujer vendedora con su ramo de hijos,
los chavalos alegres marchando hacia el colegio.

Si.
Es verdad que a ratos estoy triste
y salgo a los caminos,
suelta como mi pelo,
y lloro por las cosas más dulces y más tiernas
y atesoro recuerdos
brotando entre mis huesos
y soy una infinita espiral que se retuerce
entre lunas y soles,
avanzando en los días,
desenrollando el tiempo
con miedo o desparpajo,
desenvainando estrellas
para subir más alto, más arriba,
dándole caza al aire,
gozándome en el ser que me sustenta,
en la eterna marea de flujos y reflujos
que mueve el universo
y que impulsa los giros redondos de la tierra.

Soy la mujer que piensa.
Algún día
mis ojos
encenderán luciérnagas.


Je suis vivante comme fruit mûr une maîtresse déjà des hivers et des étés, une grand-mère des oiseaux, une tisseuse du vent un navigateur.

Mon coeur n'a pas été élevé encore et, une petite fille, je tremble dans les soirs, ils m'éblouissent le vert, les tam-tams et le bruit de la pluie étant assorti par mon ventre humide, quand tout est plus doux et lumineux

Je croîs et je n'apprends pas à croître, ne me désillusionne pas, je ne me retourne pas une femme enveloppée de voiles, incroyante de tout, en regrettant son sort.
Non. Avec chaque jour, on me naît les yeux de l'étonnement, de la terre enfantée, le chant des peuples, les bras de l'ouvrier en construisant, la femme marchande avec son bouquet d'enfants, des gamins joyeux en marchant vers l'ecole.

Si.
Il est vrai que par moments je suis triste et aboutis aux chemins, le lâcher comme mes cheveux, et je pleurs par les choses les plus douces et plus tendres et j'amasse des souvenirs en poussant entre mes os et suis un spiral infini que retuerce entre les lunes et des soleils, en avançant dans les jours, en démêlant le temps avec peur ou une désinvolture, en dégainant des étoiles pour monter plus haut, plus plus là-haut, en lui donnant une chasse à l'air, en me plaisant chez l'être qui me soutient, dans la marée éternelle de flux et de reflux qui meut l'univers et qui pousse les tours ronds de la terre.

Je suis la femme qui pense.
Un jour mes yeux allumeront des vers luisants.


Publicado por carmenlobo @ 10:07  | Poesia Sensual
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