Lunes, 30 de octubre de 2006

SIGNOS
Gioconda Belli



Es el amor; tendré que ocultarme o huir.
Jorge Luis Borges




Lento,
violento,
rumoroso
temblor
de hojas
en la intrincada selva de mis espinas.
Invasión de ternura en los huesos.
Ola dulce de agua
reventándome en el fondo del pecho,
encrespándose
y volviendo a extenderse
espuma
sobre mi corazón.

Es el amor con su viento cálido,
lamiendo insistente la playa sola de mi noche.
Es el amor con su largo ropaje de algas,
enredándome el nombre, el juicio, los imposibles.
Es el amor salitre, húmedo,
descargándose contra la roca de mi ayer impávida dureza.
Es la marea subiendo lentamente
las esquinas de piedra de mis manos.
Es el espacio con su frío
y el vientre de mi madre palpitando su vida en el silencio.
Es el grupo de árboles en el atardecer,
el ocaso rojo de azul,
la luna colgada como fruta en el cielo.
Es el miedo terrible,
el pavor de abrir la puerta
y unirse a la caravana
de estrellas persiguiendo la luz
como nocturnas, erráticas mariposas.
Es la tiniebla absoluta
o la más terrible y blanca nova del Universo.
Es tu voz como soplo
o el ruido de días ignorando los rumbos de tu existencia.
Es esa palabra conjuro de todas las magias,
látigo sobre mi espalda tendida al filo del sol,
desencajando el tiempo con sus letras recónditas,
desprendida del azar y de la lógica,
loca palabra, espada,
torbellino revolviéndome tibias memorias
apaciblemente guardadas en el desván de los sueños,
estatuas que de pronto se levantan y hablan,
duendes morados saliendo de todas las flores,
silbando música de tambor de guerra,
terribles con sus largos zapatos puntudos,
burlándose de mí
que, inútilmente,
cavo tenaz, enfurecida, incapaz,
llorando en mi espanto,
esta última trinchera.


Signes
"C'est l'amour; j'aurai à me cacher ou fuir?"
Jorge Luis borges


Un tremblement murmurant,
violent,
lent de feuilles
dans la forêt embrouillée de mes épines.
Une invasion de tendresse dans les os.
Une douce vague d'eau en crevant au fond de la poitrine,
en étant agité et en recommençant à s'étendre une écume sur mon coeur.

C'est l'amour avec son chaud vent,
que léche insistant la seule plage de ma nuit.
C'est l'amour avec sa longue tenue d'algues,
en m'embrouillant le nom,
le jugement, les impossibles.
C'est l'amour salé, humide,
en se déchargeant contre la roche de mon hier
une dureté impavide.
C'est la marée en montant
lentement les coins de pierre de mes mains.
C'est l'espace avec son froid et le ventre de ma mère en palpitant sa vie dans le silence.
C'est le groupe d'arbres dans le soir,
le coucher rouge de bleu,
la lune pendue comme fruit au ciel.
C'est la peur terrible,
la peur d'ouvrir la porte et de se joindre à la caravane d'étoiles en poursuivant la lumière comme papillons errants, nocturnes.
Ce sont les ténèbres absolues
ou plus terrible et blanc nova de l'Univers.
C'est ta voix comme souffle ou le bruit de jours en ignorant les directions de ton existence.
C'est ce mot exhortation de toutes les magies,
de fouet sur mon dos étendu au fil du soleil, se deboîter le temps avec ses caractères secrets,
détachée du hasard et du fou mot logique,
d'épée, de tourbillon en m'agitant tièdes les mémoires paisiblement gardées dans le grenier des rêves,
de statues qui de tôt se lèvent et parlent,
des lutins violets en sortant de toutes les fleurs,
en sifflant une musique de tambour de guerre,
terribles avec ses longs souliers pointus,
en se moquant de moi, inutilement,
Qui a pénétré tenace, en colère, incapable,
En pleurant dans ma frayeur, cette dernière tranchée.





Publicado por carmenlobo @ 10:19  | Poesia Sensual
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